Liban Indépendant, Dépendre de sa Mer, comme on dépend de sa Mère

Par Gaelle M. Tawk

« Monsieur vivez ! Vivez au sein des mers ! là seulement est l’indépendance, là je ne reconnais pas de maitres, là je suis libre ! » (Jules Verne, Vingt mille lieues sous les mers)

Soixante-dix-neuf ans après la déclaration de l’indépendance du Liban, il est en vain de discuter de la dépendance politique et sociale qui fait couler le pays dans une mer d’instabilité et de chaos aujourd’hui. Bien que les dégradations politiques et sociales sont indiscutables sans censure, les plans géographiques et urbains se présentent comme matière qui généralement unit les points de vue.

Le Liban qui baigne dans une mer d’instabilité, loge tout au long de sa côte Ouest, une Mer qu’il ne cesse de déformer. Une stable querelle, entre Le Liban et son grand bleu voisin se présente sous divers aspects et différentes approches. Ainsi en 2022, une terre qui répandit un jour l’alphabet à travers la Méditerranée, décharge aujourd’hui ses déchets et ses égouts dans cette même mer. La large plage de sable qui servait autrefois de point de départ des bateaux Phéniciens vers le reste du globe, n’est aujourd’hui que le bâtiment A d’un des plusieurs centres balnéaires qui vous promettent un ‘amazing week-end’ pour le prix d’un voyage autour du globe. Ceux qui furent un jour connu par les ‘Maitres des Mers’ 1, ne cessent de rabattre la leur actuellement, pour concevoir un terrain privé, surveillé, maitrisé. 

Ainsi, le Liban d’aujourd’hui ne cherche qu’à multiplier ses territoires maitrisés, que ce soit au dépend de la nature ou des habitants. Il est juste de déclarer que les Libanais n’ont su hérité que le caractère commercial de leurs ancêtres phéniciens. Alors que ceux-ci prirent le large pour rependre leur commerce, leurs descendants commercialisent la plage sans aucune éthique ou durabilité. Ainsi, les maisons côtières qui coutent des fortunes aujourd’hui ne sont même plus garanties de rester côtières d’ici 10 ans, et ceci parce qu’on rabat sans cesse la plage, resserrant la mer pour élargir la terre. 

Cette action explique tout. La schizophrénie que contraste cet acte précis, résume le problème. La situation géographique qui unie la Méditerranée au Liban, est le plus grand capital du pays. Le Liban qui se croit indépendant de sa mer, ne cesse de lui nuire, de l’abattre, de la consommer. Cependant, on ne consomme si profondément que ce dont on dépend. 

Un pays indépendant depuis 79 ans, ne cesse de nuire à sa zone littorale en pensant pouvoir substituer la mer voisine par une terre artificielle. Toutefois, nuire à son voisin, comme s’il était possible d’en être indépendant finit toujours par déclencher une guerre. Cependant, une guerre avec son plus grand capital naturel, pourra entraîner des dégâts bien plus graves que ceux des guerres entre pays. 

Une guerre interne, entre l’homme et la mer, la ville et l’eau, le Liban et la Méditerranée, ne finira sûrement pas par la déclaration d’une indépendance. Une telle guerre ne fera que souligner la dépendance ultime du Liban de sa mer Méditerranée qui dans un moment de colère, pourra détruire tout artificiel qui la couvre. 

Bien que l’indépendance politique reste jusqu’aujourd’hui un rêve à réaliser, quelques dépendances épaulent au lieu de condamner et secourent beaucoup plus qu’elles ne nuisent. Avouer dépendre de sa mer, tout comme dépendre de sa mère ne reflète que sensibilité, gratitude, et constitue un premier pas vers la vraie indépendance.

1« If any nation could claim to be the masters of the sea, it was the Phoenicians» (Stanford Holst).


Edited by Zeina Chamseddine

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